Du couvain à l’essaim

Au début un couvain d’abeilles.

J’aimerais pouvoir dire au lieu de couvain : un naissain, comme
pour les huîtres et les moules. On pourrait alors schématiser ainsi une génération d’abeilles en un bref poème de deux vers à rime riche et originale (digne de l’Oulipo…) :

Au début un naissain

Un essaim à la fin.

Entre les deux le temps d’une génération.
Cette homophonie soulignerait le but simple d’une vie animale : transmettre à l’identique. Comme chez les abeilles, depuis 4 millions d’années… Et le miel qu’elles distillent est si parfait qu’il n’a nullement besoin de conservateur, puisqu’on en a même retrouvé, intact, dans des couches géologiques datant du secondaire…

Nous, humains, devons également transmettre, mais aussi améliorer, tout un patrimoine culturel, toute une civilisation, une infinité de savoir faire, de savoir être, de savoir apprendre…

Aussi, à l’exemple des abeilles, nous devrions considérer notre couvain, nos tout petits, comme notre bien le plus précieux, comme ce qui, de « larves » démunies pourrait devenir « abeilles » parfaites.

Au prix de beaucoup de soins, de tendresse, de sollicitude, d’amour et de confiance absolue dans leur infinie richesse potentielle.

La seule différence étant que l’abeille est génétiquement programmée à se reproduire à l’identique de génération en génération, à « materner » aujourd’hui comme toujours, sans la moindre variante. Notre génome humain, lui, laisse tant de degrés de liberté que s’y glisse la possibilité d’infinis façonnages et progrès individuels, mais aussi d’autant de risques de déclins et d’échecs et de souffrances en cas de négligence ou d’indisponibilité. Et du coup est engagée notre immense responsabilité de formateurs, de passeurs.

Couvons avec admiration et tendresse notre merveilleux couvain. Son temps de dépendance modelable et perfectible est très bref. Le petit bolide passionné des premiers mois ralentit vite et l’adulte « fini » (c’est souvent hélas le cas) fait du sur-place quand il ne recule pas.

Nasio : douleur d’aimer, douleur de [risquer] perdre l’aimé.

Je vous ai dit, il y a peu, mon admiration pour JD Nasio dans cet article « Nasio (Juan-David) : le parler clair d’un psychanalyste »
Et votre fréquentation du site prouve que vous aussi avez été impressionnés et sans doute séduits par ce très grand psychanalyste de langue française (langue d’adoption pour lui, jeune analyste argentin venu en France en 1969 pour notre culture et pour Jacques Lacan).
Je voudrais vous faire partager aujourd’hui ma découverte d’un thème qui est une préoccupation majeure dans la réflexion de Nasio : le thème de la douleur, à travers son ouvrage « La douleur d’aimer » (PBP 567, 2005).
Cette préoccupation généreuse, humaniste de la douleur humaine suffit pour moi à prouver l’authenticité de l’engagement professionnel de JD Nasio, de son choix de vie au service de l’humanité souffrante.
Chez JD Nasio, cette préoccupation, ce souci, ce désir de soulager ont été constants :
- Dans cet ouvrage
J.D. Nasio « Un psychanalyste sur le divan », Payot 2002, il nous confie que
tout jeune encore – 12 ans – son père gastrologue renommé, et admiré de son fils, lui demandait de l’accompagner à ses consultations, le présentait à son patient « Mon fils Juan-David qui sera médecin… », et lui, s’efforçait bravement d’assister par sa présence, son contact, sa compassion, le malade à qui on faisait un « tubage » de l’œsophage à l’estomac dont on imagine combien, à cette époque (1954 environ puisque né en 1942), il pouvait causer de peur et de réelle douleur.
Déjà le contact avec la souffrance et la douleur évidentes.
On sait combien de vocations médicales viennent très tôt à des enfants traumatisés par la mort ou simplement la souffrance d’un proche aimé. Le spectacle de l’injustice sociale a aussi souvent sur les enfants et adolescents le même pouvoir déterminant de projet, d’engagement de toute une vie qui sera désormais de recherche et de dévouement.
Quinze ans plus tard, en 1969, le voilà jeune médecin psychiatre qui « débarque » à Paris, amoureux de notre culture et passionné des théories lacaniennes.
C’est en 1994, après une déjà longue pratique analytique, qu’il publie « Le livre de la douleur et de l’amour »

Cet ouvrage de base dur le thème de la douleur, premier jaillissement de son souci longtemps mûri de comprendre et de soulager la souffrance liée à l’amour, sera longuement affiné et enrichi mais aussi scindé en deux parties :
- « La douleur d’aimer » PBP 2005
- « La douleur physique » PBP 2006

« L’amour est une attente, et la douleur, la rupture subite et imprévisible de cette attente. » J.-D.N.
Cette pensée, en exergue du premier livre, nous dit l’essentiel : l’amour est toujours en devenir, en image intériorisée, idéalisée, en partie irréelle donc, d’un aimé élu (partenaire désiré, ami…); la douleur surgit, violente, quand cet objet se refuse (rupture amoureuse ou amicale) ou, pire, disparaît irrémédiablement, nous est arraché par la mort.
Ce premier ouvrage était en élaboration, en mûrissement, en gestation, quand un évènement déclencheur a sans aucun doute hâté sa « naissance » et donné soudain un sens évident à la nécessité de nous faire partager, spécialistes ou simples lecteurs, cet éclairage que J.-D. Nasio se sentait capable d’apporter sur le pourquoi et le comment de la douleur de la perte de l’aimé, de l’angoisse de la crainte de cette perte.
Cet évènement déclencheur qui fut un traumatisme pour la malheureuse mère qui aurait pu basculer dans la folie, mais aussi par J.-D. Nasio qui l’avait en analyse depuis trois ans, est relaté p 13 à 18 de l’édition PBP 567 (et résumé en quelques lignes en page 4 de couverture) : il faut absolument lire ces 6 pages qui sans aucun doute vont vous bouleverser vous aussi, car la mort subite d’un nouveau-né si longuement souhaité, enfin né, là, superbe petit garçon, et soudain disparu, retrouvé mort sans explication trois jours plus tard dans la nursery. Ce drame est résumé en page 4 de couverture.

Tout beau le castelet des marionnettes ! (suite)

Reportez-vous au billet du 12 juin

Revoyez aussi, si vous le voulez bien afin de vous replonger dans l’esprit « marionnettes » les billets du blog liés au tag « marionnettes » cliquables marge de droite aux dates du calendrier du 8 mai 2008 et du 5 mai 2008
Pour le montage, inspirez-vous des photos sur flickr (album TpJx Castelet Marionnettes) et des commentaires ci-dessous. Je vais si possible en rajouter de nouvelles.

Quelques améliorations :


Le fronton bleu est en carton (75 cm x 50 environ).

Le « devant » bleu du bas est en contreplaqué de 3 mm et mesure 74 cm x 93, de façon à pouvoir être fixé de l’intérieur sur les montants H et V avec des « clous » de cordonnier, courts et à tête large.

Vous remarquez qu’il y a une nouvelle « scène » en forme de trapèze. Plus large, de profondeur égale à celle qui est rectangulaire sur (les autres clichés), elle permet une plus grande « ouverture », des mises en scène plus large, et sans doute de ménager, si on veut, sur les côtés droit et gauche, deux zones triangulaires où placer les personnages en attente.
La simple barre de bois posée sur les montants latéraux pourrait supporter un voile noir d’environ 110 cm x 60 (ou 110 x 120 si on se contente de le jeter par-dessus la barre de bois), et qui descendrait donc jusqu’au niveau de la scène et masquerait ainsi si on le voulait le ou les montreurs de personnages ou diseurs d’histoires.
Les petits rideaux rouges latéraux sont retenus aux montants par un ruban doré qui se scratche au Velcro.

Dimensions finies de la scène en forme de trapèze : bases 103 et 75,5 cm sur 36,5 cm de « hauteur ». Prévoir un morceau qui dépasse ces cotes - faire découper un rectangle de contreplaqué (de 1 cm d’épaisseur) de 110 x 42 environ.

Pour bien repérer le tracé de cette grande scène :
Il faut que la grande barre horizontale du fond (qui supporte les anneaux du rideau du fond) soit en place maintenue par ses 2 vis.

Je rappelle les emplacements des 4 vis-écrous qui correspondent aux longueurs des deux scènes : en partant de la gauche, vu de l’arrière : 2cm, 31cm, 112 cm, 142 cm. Les
deux trous extrêmes doivent être percés en biais en visant parallèlement aux montants latéraux.

Posez la plaque rectangulaire de 110 x 42 sur le sol, sous le castelet, comme si c’était un plancher, la base avant (la plus courte, bien alignée sur le montant avant inférieur du castelet. Vous équilibrez afin d’avoir des angles à peu près égaux. Ensuite, depuis l’intérieur, vous tracez en suivant les montants inférieurs latéraux G et D. Vous repérez la profondeur finie et il ne reste plus qu’à découper, sans oublier les 2 petits passages des montants verticaux avant.
Comme vous voyez, les deux scènes sont habillées de feutrine simplement agrafée.
Le blocage de chaque scène est fait par deux « pitons » à l’arrière (pointes « épointées », rivet, vis…). Les trous à faire dans les planches sont repérés par en dessous à travers les trous des équerres de chaise qui servent de support.

Il reste deux entrées latérales de 38 cm x 140. Si on veut, on peut y placer deux petits rideaux de 60 cm de largeur avec 4 anneaux chacun, mais ce n’est pas indispensable.
Une petite lampe spot sur chaque montant sup latéral permet de bien éclairer les personnages en scène, les manipulateurs restant si on veut masqués derrière l’éventuel petit rideau noir : on ne verrait alors que leurs mains.
Comme vous voyez, on peut installer un tabouret, ou une banquette pour un ou plusieurs montreurs qui peuvent s’installer à l’intérieur de castelet entre scène et grand rideau noir.

Utilisations, avantages du castelet :
Présentation de marionnettes de toutes sortes
Tout objet ou presque peut être animé et se voir promu « marionnette » et être alors doté des pensées et de la parole de celui ou celle qui le présente.
Récits, contes, histoires improvisées, en solo ou à plusieurs, avec bien sûr le support de personnages-objets.
Mises en scène avec des personnages-jouets habituels des déjà grands (playmobils, légos…, poupées Barbie ou non, avec ou sans leurs décors et accessoires…)
Création, invention de fictions, de personnages mis en scène.

Le plus surprenant est de voir comment les plus grands des enfants et même les adultes spectateurs se prennent au jeu des improvisations, des inventions, comment ils sont en quelque sorte défiés par les plus jeunes des montreurs une fois qu’ils ont montré leur petit bout de spectacle.
Ce castelet est vraiment très attractif pour les enfants, et les plus grands (en primaire) ont vite fait de le monter, de le démonter (moins de 5 minutes), de le déplacer replié d’un coin à un autre, d’une pièce à une autre, et même de lui faire prendre l’air sur la terrasse, ou carrément sur l’herbe et sur fond d’arbustes pour des représentations style « théâtre de verdure », « théâtre de nature »… Un voyage en voiture, pour aller chez des amis, en résidence secondaire…, ne lui poserait pas de gros problème.
Le castelet est spacieux (1,40m x 70 cm), et pourtant c’est un plaisir de le voir gentiment « croiser les bras » et n’occuper alors que 75 cm de largeur sur quelques cm d’épaisseur…

On n’imagine pas le « bien » que ces interprétations peuvent faire aux acteurs comme aux spectateurs même tout petits : confiance en soi, expression, projection, identifications, créativité…, cohésion du groupe acteurs / spectateurs, chacun des membres de la fratrie, du groupe familial ou amical présent recevant à son tour la gratification des rires, des applaudissements de ceux qui assistent… Nous en avons déjà longuement parlé (revoyez les « billets » des 5 et 8 mai déjà rappelés tout en haut de cette page).

Nasio (Juan-David) : le parler-clair d’un psychanalyste

Je voudrais ici essayer de vous persuader de découvrir le docteur Juan-David Nasio, qui est pour moi un des plus grands psychanalystes de langue française, un des plus dévoués ambassadeurs de la psychanalyse, un des plus généreux passeurs des mots, des concepts de la psychanalyse, un des plus efficaces libérateurs du mal-être inconscient.
Sachez seulement – et pour moi cela vaut toutes les preuves - qu’il est co-auteur en 1987 avec Françoise Dolto de « L’enfant au miroir » (Petite Bibliothèque Payot 1993 N° 110) ; qu’il était tout jeune un si fervent admirateur de Jacques Lacan qu’il est venu en France de son Argentine natale, en 1969, « dans le but d’approfondir ma connaissance de la culture française et d’étudier la psychanalyse lacanienne », et qu’il a su magnifiquement expliciter dans un français limpide les concepts lacaniens pourtant réputés opaques (lisez plutôt « Cinq leçons sur la théorie de jacques Lacan », PBP N° 203). Même effort altruiste de transmission, d’élucidation pédagogique des découvertes de Freud qu’il vénère, qu’i faut, dit-il, lire et relire : « Le plaisir de lire Freud », PBP 356 ; « Enseignement de 7 concepts cruciaux de la psychanalyse », PBP 111 ; et bien d’autres encore dans la Petite Bibliothèque Payot – dont il est directeur.
Vous trouverez ici, sur le site de J.D. Nasio, l’ensemble de sa bibliographie, ses 18 ouvrages, dont 10 en éditions de poche

Voici, pour vous mettre en appétit de lectures plus approfondies, un bouquet d’extraits (de mon humble choix) de cet ouvrage majeur de J.D. Nasio « Un psychanalyste sur le divan », Payot 2002

« Or, pour être exact, il ne s’agit pas de ressentir la souffrance actuelle qui amène le patient à consulter, mais l’ancienne douleur de son traumatisme infantile : ressentir en soi ce que l’autre a oublié. Toute notre difficulté de psychanalyste est de réussir une telle opération mentale : ressentir en soi les toutes premières émotions douloureuses vécues jadis par l’autre et qu’il a aujourd’hui oubliées. »
« Sachez que toute personne qui souffre, recèle un enfant désemparé, blessé, qui cherche en vain à dire sa douleur. Eh bien, c’est justement cet enfant en souffrance, impuissant, au bord des mots, que je tente de me représenter mentalement. Je ressens alors non pas ce que ressent l’adulte qui me parle, mais ce que ressentirait le petit garçon ou la petite fille du drame infantile que je ranime. »
« Un psychanalyste travaille non seulement avec son savoir-faire et son savoir faire théorique, mais surtout avec sa capacité d’éprouver des émotions, de fantasmer et, pour tout dire, de faire vibrer son inconscient. »
« … Un psychanalyse n’écoute pas seulement avec ses oreilles, il est réceptif à tous les signes par lesquels un être communique sa vie »
« Le principe qui me guide tient en ces termes : le patient, délivré de ses conflits nocifs, doit se réconcilier avec lui-même, se retrouver en lui-même à partir de ce qu’il a et de ce qu’il est. Mon but n’est pas de changer sa personnalité mais de l’enrichir de ce qu’il porte déjà en lui… »
« À mes yeux, la santé mentale est l’état d’une personne capable de connaître ses limites et de les aimer. Être psychiquement sain signifie vivre relativement heureux avec soi-même malgré les inévitables épreuves, surprises et restrictions que a vie nous impose. En somme, l’équilibre mental est reconnaissable à ceci que nous gardons le goût d’agir tout en ayant la faculté d’accueillir l’inattendu et de nous y adapter. »
« N’oublions pas qu’au moment où je vous parle
[2002] il n’existe aucun psychotrope qui guérisse véritablement. Tous nos médicaments ont une action palliative, mais jamais une action curative. Ils peuvent supprimer le symptôme mais ils ne supprimeront pas la cause du symptôme. »
« Le propre de la psychanalyse est de s’occuper de l’inconscient lorsque l’inconscient nous fait souffrir, c’est-à-dire lorsque le décalage entre ce que nous sommes et ce qui nous échappe nous rend malheureux. »
« La vie à deux est comme un organisme vivant qu’il faut nourrir en permanence, une plante qui nécessite lumière, égards et patience. »
« [La haine], cet ennemi est en nous, et tant que l’homme vivra, la haine perdurera, même chez les meilleurs d’entre nous. Supprimez votre haine et vous vous mutilerez, car elle est une moitié de vous. Si, par exemple, nous privions un enfant de toute son agressivité, nous le verrions, tel un autiste, s’étioler dans l’indifférence et l’apathie. »
« Or, voici mon idée. À l’instar d’un grand fauve qui cesse d’être dangereux lorsqu’il est soumis à un dressage régulier, la haine nécessite une gymnastique quotidienne. Oui, je vous l’affirme, la haine doit être un exercice de tous les jours ! Mais détrompez-vous, ma formule n’est nullement une apologie de la violence. Au contraire c’est un appel à la tempérance. Pourquoi ? Parce que si nous laissions la violence s’accumuler dans notre psychisme, elle deviendrait explosive, alors que, régulièrement évacuée, elle se civilise et se transforme en énergie féconde. La psychanalyse nous apprend que les passions fermentent et bouillonnent sous la pression d’un refoulement brutal, tandis qu’elles se subliment lorsqu’on les libère avec mesure. J’insiste, la haine doit être constamment distillée pour éviter que, trop longtemps confinée dans l’inconscient, elle n’éclate furieusement.»
« Un ami est celui avec qui je me sens heureux d’être moi-même.
« Le conseil le plus utile que je peux donner aux parents désireux de mieux dialoguer avec leur enfant, est de s’adresser à lui comme je m’adresse à vous en ce moment [Xavier Diaz, jeune étudiant en psychologie, qui pose toutes les questions de cet ouvrage], c’est-à-dire en le tenant pour un véritable interlocuteur. Il faut savoir que l’enfant, si petit soit-il, percevra pleinement notre intention si nous lui parlons avec la ferme conviction qu’il comprend ce qu’on lui dit.»
« Si un père, par exemple, est certain d’être compris par son fils, l’inflexion de sa voix et la mélodie de ses phrases seront si vibrantes qu’elles atteindront, plus vibrantes encore, l’âme de l’enfant. Quand une mère, le matin, confie son bébé à la crèche et lui dit : « Je dois aller travailler maintenant, Madame Annette va bien s’occuper de toi et je reviendrai te chercher cet après-midi à 5 heures », elle lui adresse un message clair, vrai et rassurant ; rassurant parce que la mère quitte son enfant l’esprit tranquille. »

Et pour terminer cet acte de foi profondément humaniste :
« L’espoir, c’est la confiance absolue que je place en l’avenir… Oui, seul prévaut l’espoir. Pourquoi ? Parce qu’il est une force supérieure qui donne sens au présent. Je veux dire que si vous avez confiance en l’avenir, vous aurez le bonheur de savourer l’ici et maintenant de la vie. »

Grammaire-pensée des tout petits

Une grammaire des tout petits, est-ce possible ?
Oui, puisque c’est tout simplement leur pensée, l’organisation de leur pensée, comment, dans quel contexte jaillissent les flux de pensée.
C’est une pensée « portes ouvertes » qui se laisse envahir, où tout se bouscule, sans ordre ni structure grammaticale « classique » bien sûr.
Oui, chez un tout petit les portes sensorielles sont grandes ouvertes. Nous l’avons vu, ses récepteurs sensoriels, ses capteurs, ses palpeurs, tout cela fonctionne fort bien dès la naissance – et il y a entraînement préparatoire, échauffement et maturation « en salle » des semaines, des mois avant la grande « sortie ».
Cette « batterie » multimédia à faire rêver la Silicon Valley (images animées en 2 et 3 D, son hi-fi, odeurs et sensations kinesthésiques…) envoie au cerveau tout neuf, cependant tout puissant, déjà bien plus puissant, habile que le plus puissant des ordinateurs, des flots, des inondations, parfois des tsunami de sensations.
Et ce déferlement de sons, de lumières, de contacts ferait pleurer ce petit sinistré si maman ne savait pas ménager dans sa chambre, dans son coin, un micro-climat idéal, en faire une « salle d’enregistrement » où les sons et lumières excessifs sont interdits, atténués, tamisés : « Silence, on tourne ! »
Bien sûr il y a des sensations prioritaires en quelque sorte, qui s’imposent, qui envahissent la scène, qui sont d’emblée perçues, transmises au cerveau pour le travail le plus utile qui soit, celui de tri, d’organisation, d’association à d’autres éléments déjà intégrés, et donc de mémorisation (ça en vaut le coût, c’est valable, c’est de mieux en mieux, ça pourra resservir, ou, au contraire c’est mauvais, ça fait peur, c’est à éviter, à signaler par des protestations, des cris, des mimiques, tout un « langage » corporel à oublier au plus vite…)
Ces sensations prioritaires positives chez le tout petit sont des registres du goût, des sensations tactiles, tout particulièrement des odeurs.
Dans la gamme infinie des senteurs, il y a l’odeur sublime, unique, irremplaçable pour longtemps, la carte d’identité animale du clan humain, l’odeur précieuse de maman, celle de son corps, de sa transpiration. Une odeur qu’il ne faut pas masquer par trop de ces odeurs policières du savon, des parfums, qui ne font pas que prouver la disparition de ce qu’on appelle la saleté, la crasse et en masquer les émanations. L’odeur par exemple du tour de cou de maman, d’un foulard, d’un linge de corps, ce bouquet précieux de fragrances, capable, on l’a vu, de ramener au vouloir vivre un tout petit qui serait sur la voie de l’indifférence, du repli, du non-désir.
Il y a souvent des sensations violentes, trop intenses, qui peuvent traumatiser :
- des bruits excessifs, nouveaux, des paroles adultes trop fortes, parfois criées, hurlées…
- des lumières, des éclairages soudains, mal tamisés…
- des contacts stressants, des brusqueries…
- des odeurs, des saveurs désagréables parce que trop intenses ou simplement nouvelles, inconnues…

Doudou, biberon, voilà des mots multi sensoriels porteurs immédiats de sens.
Des mots qui ne sont d’abord que des bruits, vite associés cependant à des images, des images présentes, mais aussi des images évoquées dans les moments d’absence, de perte, de manque affectif, d’insécurité. Alors cette seule pensée (l’image souvenir du doudou oublié, du biberon qui tarde) agit comme un baume apaisant.
Le doudou, pour un tout petit, n’est beau que parce qu’il sent bon, et son passage à la machine à laver – au nom de l’hygiène – lui fait perdre l’essentiel de ses vertus. Les doudous les meilleurs, les plus puissants, sont souvent d’affreuses guenilles qui font trembler les adeptes de l’hygiène la plus rigoureuse.
Quant au « biberon », nous lui ferons l’honneur du prochain billet.

Un tout petit qui n’a plus de désirs ne pense plus, n’a plus de « projets » en images.
Les mots qu’il entend ont été galvaudés, ils ont perdu leur sens, leur charge affective positive, leur pouvoir de déclencheur de désirs.
Ces mots « détériorés » font désormais peur par leur perte de sens, leur non-sens.
Imaginons un malheureux tout petit qui entendrait le mot biberon, associé parfois à un cortège de sensations agréables, comme se doit d’être escorté tout bon biberon qui se respecte, et qui, dans d’autres circonstances aberrantes (maladie mentale, crise éthylique…, serait lié à des cris mêlés à des rires, à des coups alternant sans raison avec des câlins…). Il est évident qu’alors, ce bruit « biberon », cette image-biberon, cette pensée-biberon n’aurait plus aucun sens, aucun sens rendu prévisible par un contexte habituel positif ou négatif. Ce bruit habituellement si précieux sera craint, fui, banni, parce qu’ambivalent, douteux, à double sens. Il ne parle plus vrai, il n’est plus qu’ambiguïtés et mensonges et il entrainera dans sa perte tout le cortège des bruits du langage de Maman, ou de Papa, toute cette musique langagière, tout ce « doux ramage humain » si naturellement bénéfique, apaisant, sécurisant, et cependant pas autrement compris par Bébé que nous adultes ne comprenons, sentons, le ramage des oiseaux, les tendres gémissements d’une chienne allaitant et toilettant ses bébés.
Pourquoi alors continuer à réagir à leur écoute ? Pourquoi les intégrer, les mémoriser avec chacun tout son cortège, son halo, de sensations, d’impressions, d’états affectifs?
Le tout petit trompé serait alors pour longtemps un infirme de la communication.

Nous allons essayer dans le prochain billet de symboliser ce qu’est pour un tout petit, dans sa pensée, dans ce qu’il perçoit, sent, ressent, éprouve…, le mot biberon.

Être et avoir (écrire et lire… dès la naissance)

Oui, tous les bébés sont des bébés lecteurs !
Tous les bébés écrivent !

La lecture et l’écriture scolaires.
La lecture et l’écriture enseignées à l’école ne sont qu’un des innombrables modes de lectures, qu’une des multiples sortes d’écritures, que nous avons pratiqués tout au long de notre existence, que nous utiliserons jusqu’à notre dernier souffle.
L’école apprend aux petits d’homme les codes symboliques que sont les lettres et les sons qu’il leur faut déchiffrer, comprendre (lire) et écrire pour que le sens des écrits soit gardé intact et transmissible et retrouvé inchangé par le destinataire qui lit à son tour le message.
Le message écrit se moque des distances et du temps qui passe.
Une bibliothèque, un livre, une « lettre », un carnet intime, c’est de la vie figée. Un écrit, c’est un peu la Belle au bois dormant. C’est le lecteur qui – parfois après un très long sommeil (je pense à ces écrits retrouvés de civilisations disparues) – les tire de leur léthargie et leur redonne vie. Il arrive que le sommeil, l’hibernation des écrits ont été si longs qu’il faut un lecteur de génie, un Champollion pour en révéler, intact, le sens voulu des siècles auparavant.
Vous qui lisez, relisez un « poète disparu », vous êtes son Prince (ou sa Princesse) charmant[e] qui le faites revivre. Et sans doute nombreux sont les écrivains qui songent en écrivant à leurs chers lecteurs de leur au-delà.

Les lire vrai, les écrire vrai de la vraie vie
Ce sont ceux qui ont le plus de sens.
Et ils ne sont pas réservés qu’aux seuls humains.
Cette écriture, cette lecture, je devrais dire ces écritures, ces lectures infiniment variées se pratiquent au plus loin à portée de regard, d’oreille, souvent à fleur de peau.
C’est l’animalité, si précieuse, si nécessaire, qui est en nous qui est alors concernée, sollicitée.
Et ce sont ces lectures, ces écritures que nos compagnons animaux savent fort bien pratiquer entre eux : les chats parlent aux chats, les chiens aux chiens (à portée sensorielle).
Mais les chats savent se faire comprendre (avant tout respecter) des chiens. Et tous essaient de communiquer avec nous, de nous « écrire » l’essentiel de leurs demandes, de leur affection pour nous, et ils savent nous déchiffrer souvent au-delà de ce que nous soupçonons.
Parlez-vous un peu chat ? Un peu mieux chien sans doute ? C’est plus facile, Médor est bon public et « répond » mieux que Minet toujours un peu hautain et distant, volontiers méditatif. Nous ne possédons des langues animales que quelques rudiments comme de toutes les langues étrangères. Et côté lecture, ce n’est pas fameux sans doute, et c’est grand dommage. Tout le monde n’est pas Boris Cyrulnik, ni Konrad Lorenz, mais l’éthologie nous enseigne à être au moins respectueux des animaux et parfois à “flairer” en nous l’animal génétiquement tout proche, et tout ce dont nous lui sommes redevables.

Tout dans la vie est communication:
- Communication souvent involontaire (nous nous donnons alors passivement en spectacle aux autres qui peuvent « lire » à notre insu nos façons d’être, d’exister).
- Mais communication le plus souvent voulue, ostensible, parfois spontanée, parfois préméditée.

Notre monde est un vaste réseau d’échanges incessants.
Des échanges de particulier à particulier mais dans le périmètre des portées sensorielles.
Et tous, tous sans exception, du bébé à quelques mois de naître au vieillard qui exhale ses derniers mots, des humains aux animaux, jusqu’aux plantes, aux fleurs, à la nature, qui nous « parlent » et qui sont les figurants et le décor de cet immense spectacle de la vie, qui jamais ne fait relâche et qui toujours se renouvelle, tous communiquent à tous, du moment qu’ils soient à portée de voix, d’oreille, de regard, de nez, de bouche, de main, de peau…
Tous existent, donc tous « écrivent », chacun de tout son corps, de toute sa présence, de toutes ses activités.
Chacun se donne en spectacle (écrit un scénario vivant) et chacun est spectateur (lecteur) de ce qui se joue dans son coin, à portée de regard, d’oreille, de main…
Et tous cherchent à reproduire, mimer… le spectacle des autres.

Une bibliothèque vivante
Les éducateurs, les parents, les adultes en général – mais aussi les aînés des fratries, les leaders de groupes d’enfants, veulent transmettre à d’autres plus jeunes, ou moins expérimentés, leurs savoir-être.
Et ces plus jeunes s’efforcent dans le cadre de ces apprentissages, de ces initiations, de reproduire ces savoir être, de les réécrire, d’en faire alors des savoir faire vraiment intégrés, mémorisés corporellement.
C’est cela la vraie acculturation, cette transmission de proche en proche des savoir être.


Nous sommes à un moment clé de notre blog : Nous arrivons à une prise de conscience qui justifie notre projet :
- Le tout petit, par chance, naît inachevé et immensément vulnérable, mais aussi prodigieusement perfectible.
- Sa faiblesse et le désir qu’on a eu de lui donner vie suscitent la protection, les soins, la tendresse, l’amour de la maman et de l’entourage proche.
- Dès sa naissance (et même avant) le tout petit est un être de communication, de langages, de paroles
. Et cela durera toute sa vie.
- Le tout petit n’est pas qu’un récepteur : tout son être, tous ses comportements sont des messages qui nous sont destinés.
- Le savoir-lire et le savoir écrire enseignés à l’école ne sont qu’un épisode, un style, dans une vie d’échanges de proximité et à distance.
- L’école peut et fait beaucoup plus que le strict cadre utilitaire de l’apprentissage de la lecture : l’école est un lieu d’échanges incessants, magnifiquement [re]structurant.
- Être, c’est écrire : c’est vivre, se comporter, agir, se manifester, c’est laisser des traces.
- Avoir, c’est lire : C’est donner du sens à ce qui est perçu, quel(s) que soi[en]t le(s) registre(s) sensoriel(s). - - Lire c’est comprendre (con-prendre : prendre avec soi, incorporer, faire sien).
- Nous devons autant que possible répondre, et de façon cohérente, aux « écrits » corporels de nos tout petits.
- C’est de la naissance à l’école que le tout petit a le plus besoin de ces échanges structurants.
- Il suffit d’être avec eux, pour eux, disponibles matériellement et affectivement, cohérents et généreux. Dans ce climat, le tout petit, (plus chien que chat…), répond toujours et ne cesse de s’épanouir.

Être et avoir, écrire et lire, s’exprimer et être compris, comprendre et répondre, échanger, dialoguer : c’est vivre.
La parole n’est pas que bruit, le langage n’est pas que mots.

Petite grammaire des tout petits

Le langage adulte évolué a (plus ou moins) une structure, une organisation grammaticale : les mots se distribuent dans l’espace graphique (langage écrit sur la page) ou dans le temps (langage parlé) selon des règles d’usage convenues, les règles de la grammaire.
Mais le tout petit ne possède pas ces outils grammaticaux pour s’exprimer, et d’ailleurs il n’est pas encore en âge de s’exprimer selon ces codes-là. Il n’a ni la parole, ni la maîtrise des symboles complexes, des signes de l’écriture.
Et pourtant le tout petit communique, s’exprime, baigne dans un bain, dans plusieurs bains de langage. Pour lui, nous le savons, tout est langage, tout peut être porteur de significations. Et il n’est pas que récepteur, il ne se prive pas d’émettre, de diffuser à ses « interlocuteurs » ses éloquentes mimiques, ses expressions de joie, d’impatience, de douleur…, bref des messages sans nombre et que bien sûr, nous adultes, qui sommes souvent dyslexiques en « babytalk », ne comprenons pas toujours, loin s’en faut.

Bébé a très vite des repères dans la profusion de mots, de phrases, de discours qui l’entourent.
Dans son bain de langage familial, notre tout petit voit flotter, repère très vite des « objets » sonores tout à fait séduisants : maman // papa // biberon…
Et ces petits bruits repérés dans la bouillie verbale, dans la partition de la voix reconnue de maman : « et qui c’est qui va avoir son biberon ? c’est mon gros bébé à moi ! Ho la la ! le bon gros biberon !! »

Ce bruit biberon, ce n’est pas un bruit quelconque, ce n’est pas un bruit banal. Ce n’est pas un claquement de porte, ou de la musique. Ce n’est pas le souffle du vent, le glou glou de l’eau. C’est quelque chose de bien particulier :
D’abord, c’est maman, c’est quelque chose de maman, quelques notes de la musique vocale dont elle joue si bien dès qu’elle est tout près de Bébé.
C’est une sensation (sonore) que Bébé sait très bien, affectivement, interpréter:
C’est un signal plein de sens, de « bon » sens », positif, porteur de promesses d’autres bonheurs à venir très bientôt : confort du câlin dans les bras, délices gustatifs, digestifs, sensation de plénitude, de sécurité absolue…
Ce signal vocal est associé à d’autres: le tintement du verre, le bruit du lait qui le remplit peu à peu… et tout cela dans un ordre peu à peu reconnu donc prévu… et à un rythme qui justifie les impatiences croissantes.

Mon chien, qui est plein d’intelligence, quand il m’entend lui dire : « Je t’ai apporté de la viande !, de la bonne viande ! », ses manifestations de joie prouvent qu’il a fort bien compris que ce bruit, ce mot viande est la promesse, le début d’une chaine de grands plaisirs. Mais il ne faut surtout pas que je trahisse alors cette confiance, que je lui montre que le coffre de la voiture est vide, car alors notre code de langage humain ne serait plus fiable et moi, le messager, encore moins…
Il en va de même avec nos tout petits humains : ne changeons pas les codes, que le bruit biberon soit toujours entouré, précédé et suivi du même cortège d’associations, du même contexte qui confirme et consolide le lien entre le signe et ses signifiants. Il est très probable que le même mot prononcé le soir prendra un sens légèrement différent en raison des sensations de fatigue, de la voix de papa rentré du travail, de la lumière qui a changé…

Le tout petit pense les voix entendues, et dans certaines séquences des paroles adultes, il reconnaît et pense certains mots phares.

Un mot qui compte pour un tout petit, c’est d’abord un bruit qui donne à sentir, qui donne à penser, qui évoque des images, qui rappelle des sensations déjà vécues.
Chaque signal sonore reconnu, chaque mot entendu et connu fonctionne comme un aimant : il a une telle importance pour le tout petit qu’il attire à lui tout un faisceau, tout un réseau de sensations et de pensées, d’interprétations. C’est cette concaténation progressive qui enrichit et précise peu à peu le signifié, le sens du mot-signal.

Le cerveau du tout petit, son « expérience », son « intelligence » du réel qui l’entoure, ses connaissances, cela se structure un peu à la manière d’un hypertexte où certains signaux sonores (les mots entendus) sont comme des nœuds qui mènent à des signifiés variés : le mot entendu, c’est comme un « clic » de la souris sur le lien bleu, c’est le début d’une ballade cohérente, logique, sans tromperie, de pensée en pensée, d’image en sensation…
Le langage adulte, s’il est bien et généreusement structuré (c’est-à-dire sans incohérences d’éthylisme, par exemple, ni pièges de pervers), tout en restant spontané et non bêtifiant, ce langage adulte structure le potentiel de communication du tout petit, mais aussi son intelligence.

Castelet pour les marionnettes de Toutpetit (TpJx)

Pour vous remercier de votre fidélité à ce blog, je vous offre, à vous et à vos tout petits - et à vos plus grands qui se régaleront à organiser des « spectacles » – cette « idée » de castelet pour marionnettes.
Les premières photos sont accessibles sur Flickr, en cliquant dans la marge de gauche sur n’importe quel nom de photo ou sur « more photos » - Il y en aura d’autres ! (le « chef-d’œuvre » est en voie de finition…)

Bien sûr vous pouvez modifier les dimensions (140 cm x 75 environ, avec une « fenêtre » de 70 x 50))
L’avantage essentiel, c’est que l’ensemble est repliable, très vite démontable et transportable en voiture.

Revoyez les billets du blog liés au tag « marionnettes » cliquables marge de droite aux dates du calendrier du 8 mai 2008 et du 5 mai 2008

Voici à titre indicatif les fournitures nécessaires (pour moi chez M. Br et Br-Marché, mais aussi ailleurs…) :

6 baguettes (bois exotique) 240cm x 30mm x14mm
Vous en tirerez les 6 montants verticaux de 140cmx30mmx14mm
2 ” horiz 75,4cmx30×14
4 ” ” 37×30x14
2 ” ” 35×30x14

16 équerres de chaise de 40mmx15
64 vis à bois laiton de 20mm
4 charnières de 60×20 (à 30 cm du haut et du bas) et 24 boulons de 20mm de long sur 3
1 plaque de contreplaqué 10mm de 75,5 cm sur 40 (2 « goupilles » les maintiennent dans les 2 équerres de l’arrière) : Cette plateforme pourra nous servir à organiser des mises en scène d’objets, de personnages, à les photographier…
1 barre horiz de 150 cm x 30 mm x 14 pour accrocher (gaine et anneaux bois) le rideau noir de l’arrière.
2 barres de meccano (5 et 11 trous) pour supporter la barre du rideau du fond

Des coupons de tissu noir, rouge, grenat…

Montage : inspirez-vous des photos sur flickr (album TpJx Castelet Marionnettes)

(À suivre)

Un festival de mots : la pensée (à la Charité-sur-Loire comme partout et toujours)

Le mot, ce petit bruit de voix, ce petit gribouillage, c’est la traduction sonore ou visuelle d’une pensée. C’est :

  • D’abord une pensée qui se cherche, qui cherche une traduction symbolique, un signe qui la représente ;
  • Puis c’est un signe sonore, d’usage immédiat, communicable à portée de voix, mémorisable, souvent inséré dans une séquence sonore plus ou moins longue où les phonèmes (les unités sonores) sont plus faciles à repérer que les mots, souvent constitués d’une chaine de phonèmes) ;
  • Enfin un signe écrit pour un emploi différé, communicable pratiquement sans limite dans le temps et dans l’espace.

Le mot est un agrégateur, un synthétiseur, un condensé de pensées.
Le mot est presque toujours un mot-valise, et cette valise-là n’est jamais bien bouclée, malgré les soins des élagueurs toujours limités par l’espace graphique de leurs dictionnaires où sont hébergés les mots reconnus: il y a toujours pour le lecteur, et c’est heureux, quelques racines, quelques ramures, quelques feuilles qui dépassent, quelques stolons qui s’évadent et qui courent en ricochets vers des horizons de pensées nouvelles. Et des lexicographes comme Alain Rey ont su apprécier, reconnaître et héberger des mots nouveaux qui sans eux seraient restés des SDF (Sans Dico Fixe) allant, pourtant pleins de vie, de conversation en baratin, alors qu’honnêtes travailleurs au service de la pensée, ils méritaient depuis longtemps leurs « papiers »…

Un mot nouveau c’est une pensée qui s’est affinée, précisée, nuancée.
Une idée, c’est une pensée renouvelée qui va avoir besoin de mots nouveaux, ou de mots anciens nuancés, agencés différemment.
Le mot, la chaîne de mots, sont une traduction toujours approximative, qui essaie de cerner au plus près une pensée foisonnante.

Le mot codifié est une pensée fossilisée, limitée aux frontières de significations que lui assigne le dictionnaire ou l’usage oral. Mais la pratique orale, plus souple, qui n’a pas les inerties de l’édition, respecte le foisonnement, la créativité de la pensée, tous les glissements, tous les remaniements. Le dictionnaire est toujours en retard d’une bataille dans la vie vraie des mots vrais, des mots vécus, des mots sentis.
Il y a loin du Larousse au parler de la rousse péripatéticienne harcelée par la rousse…

Le mot est davantage objet intime que propriété collective. Certains mots ont pour moi des résonances uniques, et j’ai quelques « liens » privilégiés qui me mènent, moi et moi seul, si je les active, si je les « clique », en des lieux de pensée difficilement communicables. La pensée se livre souvent – juste avant le sommeil – à des vagabondages, des errances étranges. Les psychanalystes savent nous aider à retrouver le sens caché, déguisé, de ces labyrinthes.
Les mots sont souvent impuissants à faire partager le vécu du beau, du bien, des sentiments…, ou bien ils ne font que cerner de leur mieux ces notions impalpables, insaisissables.
Le jeu des mots, leur usage, leur emploi sont plus importants que la collection des mots. Racine, Baudelaire ont su nous faire partager leurs richesses ensérées dans des chaînes musicales de douze pieds faites de mots de tous les jours. Boileau nous culpabilise par son « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement / Et les mots pour le dire arrivent aisément. » Je penserais plutôt « Ce qui s’éprouve bien… » au sens de « Ce qui s’éprouve clairement, « droit », sans distorsions affectives, et qui, alors, se traduit comme dit si bien Françoise Dolto, en « mots vrais », en « parler vrai », en mots justes et généreux dont devrait être tissée toute communication.

L’enrichissement du vocabulaire ne suffit pas. Le jeu de la pensée génère des nouveaux mots, de nouvelles phrases, des trouvailles de style, d’agencements spatiotemporels - sonores ou graphiques – de la pensée qui se cherche et finit souvent, peu à peu, par se couler dans les habits, les moules des codes d’écriture ou de parole en usage, convenables ou à la mode.
La pensée est tentée par le conformisme commode qui emprunte les mots convenus.
Nous jouons personnellement avec nos mots-pensées, aves nos images-pensées, avec nos mots-images, avec nos sensations-pensées. Et entre tous ces registres nous ne cessons de jeter des passerelles – que les poètes appellent « correspondances », images, associations d’idées…

Un mot c’est un « bumper » sur laquelle la pensée rebondit après y avoir été attirée, un bumper intelligent, sensible, orienté.
Car les bumpers des billards électriques sont fous - ou plutôt innocents - comme tous les automates : ils renvoient n’ímporte où, et la boule-pensée se heurte comme une possédée aux parois du flipper, ou va ricocher sur un autre bumper aussi peu accueillant, ou se perdre dans le non sens d’une fin de vie prématurée : (« Play again, it’s more fun to compete… », nous enjoignait le cher David Gottlieb…)
Les bumpers de notre pensée sont pleins de sens, le sens de notre logique personnelle, intime : ce sont les liens de notre pensée hypertexte.
Et le génie de l’humanité est dans cette aptitude à créer des réseaux, des chaînes de pensée, à sauter d’une idée à l’autre. Peu importe si ma passerelle paraît fragile à mon interlocuteur, à mon lecteur, du moment que moi je me comprenne

Mais il ne faut point trop de singularité dans ces rebonds, sinon vous passez vite au mieux pour un poète, si pas pire…
Il y a comme une « politesse » du langage échangé qui doit s’adapter à l’interlocuteur, au lecteur destinataire ou potentiel. Il faut que notre « oucopo » (« ouvroir de communication potentielle » - cf. le très célèbre « Oulipo ») ne soit pas trop fantaisiste ni à notre seul usage.

Le tout petit qui ne parle pas encore, mais qui pointe du doigt un objet vu et convoité, sait déjà bien des choses :
- Sa pensée à lui est toute occupée par l’image de l’objet vu, par des séquences d’activités possibles déjà vécues avec cet objet : il sait très bien ce qu’il veut… mais
- L’adulte (ou l’enfant à qui il montre ou demande ce qu’il veut) n’a pas, en ce moment précis, ces images-là en tête, ces projets d’exploitation de l’objet. La pensée, ses images, c’est quelque chose d’intime, de personnel, qui ne se lit pas sur le front ni dans les yeux, quelque chose qu’il faut savoir communiquer, faire connaître (et le montrer du doigt c’est très commode, c’est déjà nommer, c’est déjà dire, parler. Ce geste du doigt pointé c’est l’équivalent virtuel du bâton que prend le jeune enfant pour aller chercher loin sous la voiture son ballon hors de portée de ses petits bras).
L’enfant n’a peut-être pas encore le mot en tête – encore moins sur la langue, - mais il l’a peut-être déjà dans les oreilles comme beaucoup d’enfants qu’on croit en retard pour parler mais qui sont souvent très en avance pour penser – il suffit de les regarder jouer pour être rassuré -, mais il a en pensée la matrice du mot en développement.
Un tout petit intelligent a parfois longtemps recours, tant que ses “interlocuteurs” sont à portée de regard ou de cris, à bien d’autres moyens de communication de sa pensée (mimiques, gestes, vocalisations diverses..) plutôt que d’utiliser le mot convenu et si attendu des adultes, le mot qu’il entend bien, qu’il a bien reconnu… Mais l’employer, le prononcer, c’est en quelque sorte se conformer, obéir, faire à papa, maman, à l’entourage un cadeau royal aussi important que la propreté, la maîtrise sphinctérienne.

Un mot en gestation est toujours plus riche que le mot « accouché », trouvé (« je ne trouve plus mes mots, je ne trouve pas le mot, il n’y a pas de mot pour exprimer mon indignation… » Souvent la pensée tâtonnante donne naissance, à une phrase parfois très longue, à une périphrase, à une image : c’est ainsi que le « jeu » ne cesse de s’introduire - comme dans toute activité – dans les failles, dans les défaillances de la pensée, qui jamais ne parvient à rendre la richesse du réel, encore moins celle de réel vécu, ressenti.
Le mot est toujours réducteur par rapport au foisonnement de sensations et d’idées liées qu’il essaie de représenter.

Du tout petit, qui « découvre » en les entendant lui-même, ravi, ses premiers mots, à l’écrivain de génie, au poète raffiné, au technicien qui rêve d’un mot pour chaque chose et d’une chose seule et unique associée à chaque mot de ses fiches et notices, tous, tous sans exception, sont des acteurs, bricoleurs tâtonnants – souvent avec leur mémoire – aux prise avec un réel symbolique : l’univers changeant, vivant, des mots-outils de la pensée.

Ne rions jamais d’un enfant qui se trompe dans ses mots, sinon gentiment, avec lui, si lui en rit et a déjà le sens de l’insolite, de l’humour. C’est comme si on se moquait de son bâton-fusil, de son caillou-voiture, de sa guenille-doudou. Pour le singe, le caillou restera hélas toujours un caillou bon à jeter, utile pour casser.
Laissons au tout petit, s’il y tient, l’exclusivité de ce mot erroné. Les ajustements se feront petit à petit. Soyons modestes, nous les adultes, relisons nos lettres, nos écrits : que d’approximations, que d’imprécisions! Peu importe, l’essentiel est d’avoir eu le désir et le plaisir de communiquer, d’échanger.
Sachons lui placer des mots nouveaux accessibles, bien “encadrés” dans un contexte sans ambiguïté, qu’ils n’aient pas l’air d’un poisson rouge dans un tiroir ou d’une chaussette dans un bocal…

Les mots sont les pièces jaunes de sa future fortune culturelle.
Le premier mot d’un tout petit (comme plus tard son premier caca…) c’est un lingot d’or qu’il offre à son entourage : « j’ai compris et j’accepte les codes parlés de vos échanges. Désormais, je suis des vôtres. »

La cause des tout petits

Belle, noble et exaltante cause que cette cause des tout petits.
C’est la cause du plus faible, du plus démuni, du plus dépendant.
Nous devrions tous nous sentir commis d’office à la défense, à la promotion, à la valorisation des tout petits.
Mais alors pourquoi les néglige-t-on à ce point, en pensant qu’il leur suffit d’une bonne croissance physique pour qu’à l’entrée à l’école la bonne fée Pédagogie éveille les belles Intelligences au bois dormant ?
Sans doute parce que nous sommes tous pris, accaparés, piégés par des urgences : il nous faut soigner, panser, tenter de guérir, de maintenir tant bien que mal des santés affectives précaires. Nous ne cessons de colmater des brèches, de restaurer des chefs d’œuvres qui se délitent et toute notre énergie s’y use.
Tous les décideurs, tous les élus l’ont été parce qu’ils ont su promettre des aides, des secours à des électeurs angoissés par des problèmes urgents demandant des solutions immédiates.
Mais le curatif épuise les meilleurs bonnes volontés et déçoit bien souvent
faute d’avoir pu faire en temps utile le préventif que la sagesse, le simple bon sens imposaient.

Dolto, encore Dolto :
« Si l’on essaie de s’intéresser sérieusement aux enfants, il faut porter une attention toute particulière aux petits. Je pense que tout le travail est à faire avant quatre ans ; avant l’entrée à l’école. »
« Il ne s’agit pas de juger si, passé cet âge, on va de mal en pis, mais de savoir que la structure est acquise. »
« Quand je dis « tout se joue », je n’entends pas la future carrière, la future réussite sociale. Ce n’est pas du tout dans ce sens-là.
« Si on veut parler de l’essentiel, de tout ce qui se peut sur le plan de la prévention pour éviter des lésions, des blocages, des dérapages, je crois que c’est avant quatre ans. [Même si] le mal peut se faire avant, bien avant : Séparer l’enfant de sa mère à sa naissance puis à la crèche sans les avoir préparés, c’est lourd de conséquences, car les enfants les plus humais, c’est-à-dire les plus sensibles, sont ceux qui vont être marqués d’avoir été séparés de leur mère sans la médiation du langage. »
“Je n’ai qu’une chose à dire aux hommes politiques : C’est de 0 à 6 ans que le législateur devrait le plus s’occuper des citoyens. »

Je n’ai cessé, au fil de ce blog de tenter de vous persuader que le petit d’homme à la chance exceptionnelle, unique, d’être promis pratiquement sans exceptions au plus bel épanouissement. Et justement parce que né inachevé et totalement dépendant des premières relations affectives, du climat familial et social dont il sera entouré dans ses premiers mois.
Ce n’est pas une utopie, mais un espoir fondé dont témoignent les réussites mais aussi les échecs et les difficultés (qui révèlent à la réflexion les erreurs, les manques passés de la toute petite enfance).

Je suis certain que chacune, chacun de nous peut être porteur et messager de cet espoir.
Chacune, chacun peut – et du coup doit – être acteur de ce projet d’une petite enfance heureuse pour tous et prometteuse d’un avenir psycho-social épanoui.

Comment procéder ?

En tant qu’individu :

  • Se persuader de la justesse, de la noblesse de cette cause des tout petits.
  • En faire la promotion, en parler, conseiller des lectures, faire partager des réussites, militer auprès des décideurs, mettre en pratique des comportements altruistes, associatifs.

En tant que citoyen inséré localement :

  • Susciter la création de groupes de travail, de réflexion autour du thème de la toute petite enfance, de la famille, de la société locale.
  • Susciter la création de groupes de parents solidaires se réunissant avec – ou parfois sans leurs tout petits – (gardes, réflexion, soutien mutuel…)
  • Contacter :
    • votre médecin, pédiatre…
    • les enseignants de votre quartier, de votre commune
    • les élus locaux (commune, communauté de communes, conseils général, régional).
  • Créer localement

Faire connaître, diffuser ce blog (enfin, les idées qu’il essaie de promouvoir) :

  • À tous vos contacts personnels de messageries (votre « carnet d’adresses »)
  • Aux travailleurs sociaux et personnels de santé
  • Aux élus locaux

Envoyer un lien vers une des pages qui vous plaît particulièrement, voire plusieurs… (par exemple
« Jeux de Tout Petit : les couleurs du printemps au jardin »)


Diffuser l’adresse du blog :
http://toutpetits.wordpress.com

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